Bonjour, bonjour !

Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas fait une chronique sur un livre. A vrai dire, cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti de frisson – le frisson avec un grand F –  comme celui que j’ai eu avec Ulysse From Bagdad d’Eric-Emmanuel Schmitt.  C’est donc tout naturellement que cet article s’impose au programme. Pour l’anecdote, j’ai rencontré Eric-Emmanuel Schmitt lors du salon du livre Les mots Doubs, organisé à Besançon. J’y suis allée avec une copine qui m’a dit « Tu verras, il est vraiment bien cet auteur ». C’est une fois arrivée devant son stand, en train de lire les quatrièmes de couverture, que j’ai compris que ça allait être compliqué. En effet, tout m’intéressait ! Il n’y a pas un bouquin qui paraissait ennuyeux, pas actuel, ou qui ne piquait pas la curiosité. Je me suis donc rabattue sur Ulysse from Bagdad pensant à l’actualité et me questionnant sur comment un philosophe voyait les choses. 

Ah oui ! Parce qu’Eric-Emmanuel Schmitt est philosophe. Enfin s’il n’était que cela, cela serait simple. Monsieur Schmitt à fait Normal Sup‘, est agrégé en philosophie et docteur. Il s’est fait connaitre tout d’abord au théâtre avec Le Visiteur en 1993. Le succès ne s’arrête pas là puisqu’il continu à écrire des pièces, puis se met aux romans et enfin au cinéma. Détenteur de plusieurs Molière, il reçoit aussi le Prix Goncourt et fait parti aujourd’hui de son jury. Autant dire que ce n’est pas n’importe qui tout de même. 

Ulysse From Bagdad :

 

Venons-en aux faits : le livre pour lequel je fais cet article. Commençons par ce qui m’a fait craquer sur ce livre et pas un autre, le synopsis :

Saad veut quitter Bagdad, son chaos, pour gagner l’Europe, la liberté, un avenir.
Mais comment franchir les frontières sans un dinar en poche ? Comment, tel Ulysse, affronter les tempêtes, survivre aux naufrages, échapper aux trafiquants d’opium, ignorer le chant des sirènes devenues rockeuses, se soustraire à la cruauté d’un geôlier cyclopéen ou s’arracher aux enchantements amoureux d’une Calypso sicilienne ?
Tour à tour violent, bouffon, tragique, le voyage sans retour de Saad commence. D’aventures en tribulations, rythmé par les conversations avec un père tendre et inoubliable, ce roman narre l’exode d’un de ces millions d’hommes qui, aujourd’hui, cherchent une place sur la terre : un clandestin.
Conteur captivant, témoin fraternel, Eric-Emmanuel Schmitt livre une épopée picaresque de notre temps et interroge la condition humaine. Les frontières sont-elles le bastion de nos identités ou le dernier rempart de nos illusions ?

Nous suivons donc les aventures de Saad Saad – non je n’ai pas fait de faute, c’est bien son nom et son prénom – à travers les pays à la recherche du bonheur, d’une identité et d’un monde qui peut l’accueillir tel qu’il est. En lisant cette quatrième de couverture, j’ai immédiatement pensé à tout ce qui se passe en ce moment, qu’on oublierait presque avec le temps mais qui est malgré tout présent : les migrants. Je me suis demandée ce qu’un penseur français pouvait en dire, sous quel point de vue il narrait les événements et j’espérais aussi en apprendre un peu plus sur toutes ces choses qui gravitent autour de la clandestinité. 

Je suis d’ailleurs en train de penser qu’Eric-Emmanuel Schmitt m’a dédicacé le livre lors de notre rencontre, mais que je ne pouvais pas réellement comprendre ses mots sans avoir lu son livre et compris ses intentions.

Nous voilà donc dans les premières ouvertures du livre, au cœur des premières pages, en trains de savourer les premiers mots. Un petit prologue nous accueille et nous met « dans l’ambiance » du livre.

«Je m’appelle Saad Saad, ce qui signifie en arabe Espoir Espoir et en anglais Triste Triste.»

Cette phrase résume tout à fait le roman entier. Son histoire commence avec une Irak oppressée par le dictateur au pouvoir, Saddam Hussein. Nous le suivons lors de la libération du pays grâce aux Américains, les mêmes Américains qui achèveront par accident son père un peu plus tard, jusqu’à son questionnement sur son envie de rester dans ce pays ou non. Grâce à son père documentaliste, Saad à accès aux livres bannis et se forge donc une éducation qui lui permet de penser autrement qu’on lui impose. Il va donc se trouver bloqué dans un pays qu’il n’affectionne plus du tout. Il oscille entre rester pour reconstruire le pays et protéger sa famille, ou partir pour chercher ce qui lui manque : un pays qui dans lequel il se sent bien, où il se sent lui.

Après la mort de son père et la disparition de sa fiancée, il se décide donc à quitter l’Irak pour rejoindre l’Angleterre, et plus particulièrement Londres. Son périple commence donc, et un accompagnateur inattendu se joint au voyage : son père. Son père, ou la conscience de son père, apparait à Saad juste avant le départ et ne le quittera jamais de son voyage. Il est là pour l’épauler, l’aider à trouver des solutions lors de ses problèmes.

Mon avis :

Comme je vous l’ai dis au départ, ce livre m’a fait vibrer. Je me suis prise d’une empathie exceptionnelle pour ce jeune homme fort et en même temps plein de faiblesses et de failles. Ce livre est prenant, il se lit à une vitesse folle et s’apprécie un peu plus à chaque ligne. On se sent tiraillé à chaque obstacle qu’il rencontre puisqu’on a envie qu’il y arrive, qu’il accomplisse la mission qu’il s’est donné.

De plus, on sent vraiment qu’Eric-Emmanuel Schmitt en connait un minimum sur le sujet, qu’il s’est documenté et renseigné sur tout ce qui se passe dans la vie d’un clandestin pendant cette période. Il d’écrit d’ailleurs la condition de clandestin de manière assez exacte quand on y réfléchis cinq secondes :

Parasite m’épargnait. Profiteur aussi. Escroc encore plus. Non, clandestin. Je n’appartiens à aucune nation, ni au pays que j’ai fui ni au pays que je désire rejoindre, encore moins aux pays que je traverse. Clandestin. Juste clandestin. Bienvenu nul part. Étranger partout.

Le seul défaut que je peux trouver à ce livre – parce que oui il en fallait quand même un – c’est que l’auteur à rendu le personnage trop occidental. Je m’explique : vous vous souvenez quand je vous disais que Saad avait eu accès aux livres d’Occident, qu’il avait appris à penser par lui même ? Eh bien je trouve que ce passage permet simplement à l’auteur de justifier un point de vue d’occidental sur des événements que des orientaux vivent. Malgré tout nous comprenons bien que l’enjeu d’Eric-Emmanuel Schmitt à travers ce livre est de nous faire réfléchir sur la condition du clandestin, sur ce qu’il endure et pourquoi il le fait. Passer par un point de vue « de chez nous » est donc juste un outil pour faire passer son message. Cela nous fait aussi comprendre qu’il ne fait absolument pas la biographie de Saad Saad.

Pour résumer je dirais que ce livre reste une perle qui m’a permis de réfléchir plus en profondeur sur ce que ces gens vivaient sans plus se plaindre et sur le confort sur lequel nous étions installés sans l’accepter, en cherchant toujours plus, ce « plus » qui devient malsain. Tout ce que je vous conseille donc est de lire ce livre exceptionnel, et si vous ne le faites pas Nevermind, moi j’y retourne ! 

Julie.


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