« Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes » Déclaration Universelle des droits de l’homme et Pacte International relatif aux droits civils et politiques.

Eleanor Roosevelt, déléguée des États-Unis à l’Assemblée qui a dirigé le comité de rédaction international de la Déclaration. Photo : ONU.

Replongeons-nous il y a 169 ans, jour pour jour : le 27 avril 1848. En ce jour particulier, la France abolit l’esclavage définitivement en métropole et dans les colonies. Pourtant aujourd’hui, en France et dans le monde, l’esclavage perdure sans jamais n’avoir fait partie du passé. Les cas ne sont pas rares, et même bien connus, un terme lui a été dédié : l’esclavage moderne. Alors qu’est-ce que ce mal « moderne » qui ne sait s’arrêter, et que fait notre gouvernement et nos institutions pour qu’il cesse définitivement ?

Afin que nous soyons tous sur la même longueur d’onde, il est important de définir ce qu’est l’esclavage moderne. Ce dernier comprend de nombreuses formes comme le travail forcé dans lequel des gens sont contraint d’effectuer des tâches pour la plupart dangereuses sans recevoir de rémunération. Il existe aussi l’esclavage pour dette, lorsqu’une personne a contracté des dettes envers un « prêteur » et que ce dernier lui demande de travailler pour lui, parfois avec les membres de sa famille. L’esclavage sexuel fait aussi partie des différentes formes d’exploitation d’humain. Le mariage forcé lui est intimement lié. Les victimes sont le plus souvent des femmes ou des enfants qui sont soumis à une extrême violence et à une vie de travail forcé. Enfin, dans quelques pays, il existe encore une forme d’esclavage traditionnel où l’on est un esclave par ascendance. Bien que ces pratiques soient officiellement abolies, elles restent tolérées dans certains pays d’Afrique tel que le Niger ou le Soudan. L’ONU a récemment élargi sa définition officielle de l’esclavage apparaissant dans la Convention de 1926 :

« A l’esclavage traditionnel et au commerce des esclaves s’ajoutent la vente d’enfants, la prostitution enfantine, la pornographie impliquant des enfants, l’exploitation de la main d’œuvre enfantine, la mutilation sexuelle des enfants de sexe féminin, l’utilisation des enfants dans les conflits armés, la servitude pour dettes, le trafic des personnes et la vente d’organes humains, l’exploitation de la prostitution et certaines pratiques des régimes d’apartheid et coloniaux. »

 156 états ont ratifié ou ont adhéré à cette Convention. Malgré tout, la mal continue et la main-d’œuvre enfantine est la plus demandée parce qu’elle est bon marché. Aussi les enfants sont plus dociles que les adultes et il est plus simple de les manipuler. En quelques chiffres, l’ONU estime à 215 millions le nombre d’enfants entre 5 et 17 qui travaillent, et parmi eux 53 millions de jeunes de moins de 15 ans faisant un travail particulièrement dangereux. L’Organisation International du Travail indique que 100 millions d’enfants sont touchés par l’exploitation de la main-d’œuvre enfantine, donc pratiquant l’une des tâches citées précédemment. Contrairement à l’esclavage qui se pratiquait au XVIIe siècle, celui-ci ne se base pas sur la couleur de peau mais sur la vulnérabilité des victimes, ce qui permet une totale emprise sur elle.

Campagne de pub du comité contre l’esclavage moderne.

« Loin des idées reçues, l’esclavage moderne existe dans notre pays, de même que le travail forcé de personnes vulnérables, et que nombre d’enfants et d’adolescents sont contraints à mendier ou à voler », la Commission nationale consultative des droits de l’homme.

Aboli une première fois en 1794, puis rétabli par Napoléon, l’esclavage a été interdit en France en 1848. La législation française prévoit sept ans de prison maximum et cent cinquante mille euros d’amende pour la traite d’êtres humains. Alors qu’en est-il de notre pays en matière d’esclavage ? A vrai dire, il est très compliqué d’estimer le nombre d’esclaves que contient la France puisque tout se déroule dans le huis clos des domiciles. Les victimes sont la plupart du temps des personnes clandestines et vulnérables qui ignorent notre langue et nos droits fondamentaux. Leurs papiers d’identité leur sont confisqués et ils sont menacés, affamés et le plus souvent victimes de violences physiques. Ces personnes viennent le plus souvent d’Asie ou d’Afrique, espérant trouver en France une vie meilleure. Le Comité contre l’esclavage moderne montre que l’esclavage ne se pratique pas seulement dans les quartiers bourgeois (20%) mais aussi dans les pavillons de banlieue ou les quartiers défavorisés.

Dans une enquête rendue publique en octobre 2016, la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme fait savoir qu’elle trouve que la France ne consacre pas assez de moyens à la lutte contre la traite des êtres humains. Car même si les sanctions que je vous aie citées précédemment sont bien en place dans l’hexagone, les poursuites judiciaires sont compliquées à envisager. En effet, l’absence de témoins et de preuves ou l’immunité diplomatique pour les mineurs qui volent ou mendient font obstacle au bon fonctionnement de la justice. De plus, la commission déplore l’attitude des magistrats et policiers qui voient davantage ces enfants comme des délinquants que comme des victimes. Selon le ministère de la Justice, ce sont 53 personnes qui furent condamnées, en 2013, pour traite d’êtres humains dans 21 affaires distinctes. En 2014, une avancée de la part du gouvernement français a été faite puisqu’il a adopté un Plan national d’action de lutte contre la traite et l’exploitation des êtres humains. Malheureusement nombre de mesures ne virent jamais le jour.

En cette période d’élection présidentielle nous sommes en droit de nous demander ce que les candidats nous proposent pour endiguer, voire éradiquer, ces pratiques d’un ancien temps qui bafouent nos droits fondamentaux. Faute de réponses, Nevermind, tournons-nous vers les associations d’aides pour les victimes. D’ailleurs, comme d’habitude mais cette fois-ci plus que jamais, vous retrouverez dans les sources tout ce qui m’a permis de construire cet article, dont les sites d’associations tels que le Comité Contre l’Esclavage Moderne.

Julie.

Sources :
http://www.rfi.fr/france/20130510-esclavage-domestique-pratique-autre-temps :
http://www.rfi.fr/emission/20130510-esclavage-domestique-france-aujourd-hui
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/03/10/01016-20160310ARTFIG00048-l-esclavage-moderne-existe-dans-notre-pays.php :
http://www.familles-enfance-droitsdesfemmes.gouv.fr/wp-content/uploads/2014/05/Plan-daction-national-contre-la-traite-des-%C3%AAtres-humains.pdf
http://www.ohchr.org/Documents/Publications/FactSheet14fr.pdf
http://www.ohchr.org/EN/HRBodies/HRC/RegularSessions/Session24/_layouts/15/WopiFrame.aspx?sourcedoc=/EN/HRBodies/HRC/RegularSessions/Session24/Documents/A-HRC-24-43_fr.doc&action=default&DefaultItemOpen=1
http://www.senat.fr/basile/visio.do?id=c/compte-rendu-commissions/20160307/femmes.html&idtable=c/compte-rendu-commissions/20160307/femmes.html|c/compte-rendu-commissions/20170109/lois.html|c/compte-rendu-commissions/20161212/lois.html|c/compte-rendu-commissions/20160725/etr.html|c/compte-rendu-commissions/20170116/lois.html|c/compte-rendu-commissions/20161031/cmp.html|c/compte-rendu-commissions/20160125/prospective.html|c/compte-rendu-commissions/20160229/lois.html&_c=%E9sclavage&rch=gs&de=20160125&au=20170125&dp=1+an&radio=dp&aff=sep&tri=p&off=0&afd=ppr&afd=ppl&afd=pjl&afd=cvn
http://www.esclavagemoderne.org/008-l-esclavage-moderne/13-page.htm

 


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